Action TSAF - Prévention Alcoolisation Foetale

Témoignage SAF : parcours de vie proche de l'alcool

 

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Parcours de vie proche de l'alcool
 
 
 
Je m’appelle Sylvia, j'ai 50 ans. Je suis maman d’un jeune homme de 20 ans, adoptée à l'âge de 15 mois, qui est touché par des troubles liés à l'alcoolisation fœtale. 
 
Hélas, je connais la situation de vivre avec un conjoint alcoolique, qui en plus, fait porter sur vous la responsabilité de cette maladie, qu'il ne reconnaît pas. Au début tout va bien et il ne m'a pas menti sur ses antécédents avec l'alcool. Il était sobre quand je l'ai épousé, consommant occasionnellement avec les amis et à l'occasion des fêtes. Puis, vers la 6ème année de vie commune, il s'est remis à boire tranquillement et mine de rien, je n'ai rien vu venir.
 
Je suis tombée malade (peu de temps auparavant, il venait de perdre sa mère d’un cancer). Il a mal vécu cette période, il l'a fuie avec l'alcool. Puis, il a souhaité prendre de la distance dans notre couple, en souhaitant une séparation. C’est à ce moment-là qu'il est devenu violent à trois reprises, (hors présence de notre fils). A la troisième, je suis partie immédiatement me réfugier chez une amie.
 
Ma chance ! (Prenez-le avec humour) : en longue maladie, je n'étais plus la femme forte "sauveuse" sur qui s'appuyer en toute circonstance. Des années après, je saurai que j'ai probablement évité le pire. On a les chances qu'on peut ! Après la séparation, il a continué à boire, à s'enfoncer dans l’alcool. Sa deuxième compagne le quittera pour cela. 
 
J'ai longtemps protégé mon fils, pensant bien faire, en maintenant l'image positive d'un père défaillant, qu'il voyait un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.
 
Après un gros travail en psychothérapie et la mise en place d'un accompagnement pour mon fils,  j'ai arrêté de masquer les choses, de tout protéger ; car j'ai compris que je l'empêchai d'atteindre ses propres émotions. En masquant les failles du père et les miennes, mon fils ne pouvait toucher ses propres failles et se construire à partir de là.
 
J'ai appris que pleurer devant lui, craquer un soir, pouvait ne pas le traumatiser, à la condition d'avoir les mots pour le dire et qu'il comprenne qu'il n'en portait pas la responsabilité. J'ai appris qu'en acceptant de me connecter à ma peine, ma tristesse, ma colère, je lui permettais de sentir sa propre peine, sa tristesse et sa colère ; que c'était le meilleur moyen qu'il ne s'en sente pas coupable. J'ai appris que le plus important était d'avoir un espace de parole pour lui, pour moi..., que je n'étais pas forcément la bonne personne et qu'un tiers aidant, c’est important !
 
Quand mon fils a vu que j'allais chez le psy pour travailler sur moi, pour aller mieux, c'était facile pour lui d’accepter d'y aller aussi... chacun avec son espace personnel.
 
J'ai appris la résilience et nous sommes, tant lui que moi, résilients dans nos vies. Face aux réalités et en les dépassant, mon fils est devenu plus fort (moi aussi), malgré son handicap de naissance lié à l'alcool.
 
Aujourd'hui, pour mon fils le message est clair :
 
-Ton père souffre d'une dépendance à l'alcool, c'est une maladie
- Il fait ce qu'il peut en fonction de ce qu'il accepte de reconnaître
- Il refuse de se faire accompagner, car dans sa tête, il n'y a que les fous qui vont chez le psy
- Il ne supporte pas la maladie, chez lui et chez les autres. Donc quand tu es malade, il n'est pas là, parce qu'il ne peut se connecter avec sa propre  souffrance
- Il peut te rendre responsable toi, moi et les autres, de tout ce qui ne va pas, de tout ce qu'il lui arrive en négatif..., tu n'es pas obligé de le croire et de prendre tout ce qu'il dit pour parole d'évangile
- Il t'aime à sa façon et toi, tu peux l'aimer comme il est, mais tu n'es pas dupe de ses failles. "Ni responsable, ni coupable"
 
A la question :
- Changera-t-il un jour ? Est-ce qu'il comprendra tout cela ?
 
Lui seul connaît la réponse, cela dépendra de son évolution personnelle, de ses rencontres, de ce qu'il acceptera d'enclencher pour toucher sa faiblesse, ses peurs, ses résistances et travailler sur lui...
 
- Est-ce que tu peux sauver ton père ? Est-ce à toi de le faire ? Non, il y a des personnes dont c'est le métier, qui peuvent l'aider s'il le souhaite. Toi, tu as le droit de ne pas comprendre, tu as le droit de lui en vouloir de ne pas être là, de ressentir de la colère aide l’aimer aussi. Mais tu connais la raison de son absence, même si tu ne l'acceptes pas... fais ton chemin, construis ta vie.
 
Ensuite, chacun peut réfléchir à sa propre histoire. Pourquoi suis-je tomber sur cet homme-là ? Pourquoi l'ai-je épousé ?
 
Pour moi, des années après, la réponse est claire. Ma mère a souffert d’une longue période d'alcoolisme et autres addictions (médicaments), suite au décès de mon petit frère. J'ai appris à vivre avec, à l'aider, à toujours accepter ses difficultés, à devenir la mère de ma mère. Il y avait beaucoup d’amour aussi.
 
Je sais qu’elle n’a pas eu les soutiens attendus et à l’époque, il n’y avait pas toute cette ouverture sur l’accompagnement, pas d'addicto et les aides psychologiques qui vont avec.
 
********
La vie.
Notre fils, arrivera à l'âge de 15 mois, touchée par un SAF (syndrome d'alcoolisation fœtale), sans que les médecins et nous-même le sachions. Après bien des années, il sera diagnostiqué à l'âge de 16 ans.
 
Plus tard... je fais attention, car je sais qu'il ne faudrait pas grand-chose pour que tout bascule et que je rejoigne ma mère, ou mon ex-mari sur leur territoire de prédilection.
 
Apprendre que les difficultés de mon fils sont dues à la consommation d’alcool de sa mère de naissance m'a rendue plus distante avec l'alcool. Depuis, je consomme 1 verre ou 2 en présence d'amis. Mais pour marquer le coup et être solidaire de mon fils, j'ai fêté mes 50 ans en me payant le luxe de faire une méga fête avec au menu, boissons et cocktails non alcoolisés. La tête des potes ! J'en ris encore !
 
Aujourd'hui, je vis pour moi, j'essaye d'être présente aux autres quand je le peux, du mieux que je peux. Je connais mes limites et je continue d'accompagner mon fils vers demain pour qu'il devienne autonome. Je me bats pour faire reconnaître son handicap, trouver les bons soutiens. Franchement, ce n'est pas facile tous les jours et il m'arrive de craquer face à l'adversité, devant la méconnaissance et le manque de reconnaissance de cet handicap 100% évitable. Il aurait suffi de ne pas boire pendant la grossesse.
 
Si la mère de naissance de mon fils avait su les conséquences liées à sa consommation d’alcool durant sa grossesse et qu'elle risquait de transmettre à son futur bébé un handicap irréversible ; Je suis sûre qu'elle se serait fait aider. Aucune maman ne souhaite volontairement que son petit ait un handicap à vie.
 
Mais comme le dit mon fils en parlant de sa mère de naissance « c’est pas de sa faute ». Il sait qu'il ne doit pas toucher à l’alcool, qu'il a un terrain malheureusement acquis à toutes les dépendances. C'est un peu comme le chaudron avec la potion magique d'Obélix : il est tombée dedans quand il était petite. C'est comme ça !
 
Aujourd'hui, avec d’autres familles, on s'est engagée dans la lutte contre l'alcoolisation fœtale. Je sais bien que je ne suis qu'une petite goutte d’eau, mais, comme dit Gandhi : "Chaque goutte d'eau a sa part dans l'immensité de l'océan »
 
Merci de me lire, merci de partager vos histoires de vie... car je sais qu’ici, même si la vie n’est pas un long fleuve tranquille, je ne suis pas toute seule.
 
Courage à vous de tout mon cœur. 

Sylvia


27/11/2021
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