Action TSAF - Alcoolisation foetale

Témoignage SAF : parcours de vie proche de l'alcool

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Voici un témoignage "parcours de vie" proche de l'alcool. J'en profite pour vous passer le message suivant :
 
"Un verre d'alcool en moins = un neurone en plus"
Sarah Coscas, addictologue à Villejuif
 
 
Je m’appelle Sylvia, j'ai 60 ans. Je suis maman d'une jeune femme de 20 ans, adoptée à l'âge de 6 mois, qui est touchée par l'alcoolisation fœtale. 
 
Tout comme beaucoup d'entre vous, je connais la situation de vivre avec un conjoint alcoolique, qui en plus, fait porter sur vous la responsabilité de cette maladie, qu'il ne reconnaît pas. Au début tout va bien et il ne m'a pas menti sur ses antécédents avec l'alcool. Il était sobre quand je l'ai épousé, consommant occasionnellement avec les amis et à l'occasion des fêtes. Puis, vers la 4ème année de vie commune, il s'est remis à boire tranquillement et mine de rien, je n'ai rien vu venir.
 
Puis, je suis tombée malade (peu de temps auparavant, il venait de perdre sa mère d’un cancer). Il a mal vécu cette période, il l'a fuie avec l'alcool. Puis, il a souhaité prendre de la distance dans notre couple, en souhaitant une séparation. C’est à ce moment-là qu'il est devenu violent à trois reprises, (deux fois hors présence de notre fille). A la troisième, je suis partie immédiatement me réfugier chez une amie.
 
Ma chance ! (Prenez-le avec humour) : en terre de maladie, je n'étais plus la femme forte "sauveuse" sur qui s'appuyer en toute circonstance. Oh ! Une faille...  Des années après, je saurai que j'ai probablement évité le pire. On a les chances qu'on peut ! Après la séparation, il a continué à boire, à s'enfoncer dans l’alcool. Sa deuxième compagne le quittera pour cela. 
 
J'ai longtemps protégé ma fille, pensant bien faire pour maintenir l'image positive d'un père défaillant, qu'elle voyait un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.
 
Après un gros travail sur moi en psychothérapie et la mise en place d'un accompagnement pour ma fille... j'ai arrêté de masquer les choses, de tout protéger, car j'ai compris que je l'empêchai d'atteindre ses propres émotions. En masquant les failles du père et les miennes, ma fille ne pouvait toucher ses propres failles et se construire à partir de là.
 
J'ai appris que pleurer devant elle, craquer un soir, pouvait ne pas la traumatiser, à la condition d'avoir les mots pour le dire et qu'elle comprenne qu'elle n'en portait pas la responsabilité. J'ai appris qu'en acceptant de me connecter à ma peine, ma tristesse, ma colère, ... je lui permettais de sentir sa propre peine, sa tristesse et sa colère...que c'était le meilleur moyen qu'elle ne s'en sente pas coupable. J'ai appris que le plus important, c'était d'avoir un espace de parole pour elle, pour moi..., que je n'étais pas forcément la bonne personne et qu'un tiers aidant, c’est important !
 
Quand ma fille a vu que j'allais chez le psy pour travailler sur moi, pour aller mieux, c'était facile pour elle d'accepter d'y aller aussi... chacune avec son espace, sa bulle perso.
 
J'ai appris la résilience et nous sommes tant elle que moi résilientes dans nos vies. Face aux réalités et en les dépassant, ma fille est devenue plus forte (moi aussi), sans compter qu'elle a un handicap de naissance lié à l'alcool.
 
Aujourd'hui, pour ma fille le message est clair :
 
-Ton père souffre d'une dépendance à l'alcool, c'est une maladie
- Il fait ce qu'il peut en fonction de ce qu'il accepte de reconnaître
- Il refuse de se faire accompagner, car dans sa tête, il n'y a que les fous qui vont chez le psy
- Il ne supporte pas la maladie, chez lui et chez les autres. Donc quand tu es malade, il n'est pas là, parce qu'il ne peut se connecter avec sa propre maladie
- Il peut te rendre responsable toi, moi et les autres, de tout ce qui ne va pas, de tout ce qu'il lui arrive en négatif..., tu n'es pas obligée de le croire et de prendre tout ce qu'il dit pour parole d'évangile
- Il t'aime à sa façon et toi, tu peux l'aimer comme il est, mais tu n'es pas dupe de ses failles. "Ni responsable, ni coupable"
 
A la question :
- Changera-t-il un jour ? Est-ce qu'il comprendra tout cela ?
 
Lui seul connaît la réponse, cela dépendra de son évolution personnelle, de ses rencontres, de ce qu'il acceptera d'enclencher pour toucher sa faiblesse, ses peurs, ses résistances et travailler sur lui...
 
- Est-ce que tu peux sauver ton père ? Est-ce à toi de le faire ? Non, il y a des personnes dont c'est le métier, qui peuvent l'aider s'il le souhaite. Toi, tu as le droit de ne pas comprendre, tu as le droit de lui en vouloir de ne pas être là, de ressentir de la colère. Mais tu connais aussi la raison de son absence, même si tu ne l'acceptes pas... fais ton chemin, construis ta vie.
 
Ensuite, chacun peut réfléchir à sa propre histoire. Pourquoi suis-je tomber sur cet homme-là ? Pourquoi l'ai-je épousé ?
 
Pour moi, des années après, la réponse est claire. Ma mère a souffert d’une longue période d'alcoolisme et autres addictions (médicaments), suite au décès de mon petit frère. J'ai appris à vivre avec, à l'aider, à toujours accepter ses difficultés, à devenir la mère de ma mère. Il y avait beaucoup d’amour aussi.
 
Je sais qu’elle n’a pas eu les soutiens attendus et à l’époque, il n’y avait pas toute cette ouverture sur l’accompagnement, pas d'addicto et les aides psychologiques qui vont avec.
 
********
La vie. Notre fille arrivera à l'âge de 6 mois, touchée par un SAF (syndrome d'alcoolisation fœtale) partiel, sans que les médecins et nous-même le sachions. Après bien des années, elle sera diagnostiquée à l'âge de 19 ans.
 
Plus tard... je fais attention ! Car je sais que j'ai un terrain addict inscrit en moi génétiquement, qu'il ne faudrait pas grand-chose pour que tout bascule et que je rejoigne ma mère, ou mon ex-mari sur leur territoire de prédilection.
 
Apprendre la pathologie de ma fille, lié à l'alcoolisation fœtale de sa mère de naissance, m'a rendue plus distante avec l'alcool. Depuis, je ne bois qu'accompagnée, en présence d'amis. Mais pour marquer le coup et être solidaire de ma fille, j'ai fêté mes 60 ans en me payant le luxe de faire une méga fête avec au menu, boissons et cocktails non alcoolisés. La tête des potes ! J'en ris encore !
 
Aujourd'hui, je vis pour moi, j'essaye d'être présente aux autres quand je le peux, du mieux que je peux. Je connais mes limites...et je continue d'accompagner ma fille vers demain, pour qu'elle devienne autonome. Je me bats pour faire reconnaître son handicap, trouver les bons soutiens. Franchement, ce n'est pas facile tous les jours et il m'arrive de craquer face à l'adversité, devant la méconnaissance et le manque de reconnaissance de cette pathologie 100% évitable. Il aurait suffi de ne pas boire pendant la grossesse.
 
Si la mère de naissance de ma fille avait su les conséquences de l'alcoolisation fœtale et qu'elle risquait de transmettre à son futur bébé un handicap neurologique irréversible ; Je suis sûre qu'elle se serait fait aider. Aucune maman ne souhaite volontairement, rendre son enfant handicapé à vie.
 
Mais comme le dit ma fille, dans son témoignage vidéo en parlant de sa mère de naissance « si elle s’était fait aider, tout ça, ça ne serait pas arrivé »
 
Ma fille sait qu'elle ne doit pas toucher à l'alcool, quelle sera addict de suite, qu'elle a un terrain malheureusement acquis à toutes les dépendances. C'est un peu comme le chaudron avec la potion magique d'Obélix : elle est tombée dedans quand elle était petite dans le ventre de sa mère. C'est comme ça !
 
Aujourd'hui, je me suis engagée dans la lutte contre l'alcoolisation fœtale et je sais bien que je ne suis qu'une petite goutte d’eau, mais, comme dit Gandhi : "Chaque goutte d'eau a sa part dans l'immensité de l'océan »
 
Merci de me lire, merci de partager vos histoires de vie... car je sais que pour vous tous ici, la vie est loin d'être un long fleuve tranquille. Courage à vous de tout mon cœur. 

Sylvia


27/11/2021
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